Pourquoi penses-tu n'avoir réussi que si l'autre a moins de succès que toi ?
« Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »
Pourquoi penses-tu n'avoir réussi que si l'autre a moins de succès que toi ?
Frères et sœurs bien-aimés,
La Parole de Dieu en ce Dimanche renverse nos conceptions de la justice : elle touche nos calculs, comparaisons, revendications, et nos blessures cachées. Dieu ne voit, pas comme nous. Sa justice est traversée par la miséricorde. Sa grâce ne se négocie pas, sa bonté ne privilegie pas nos mérites, Son amour ne se limite pas à ceux que nous estimons dignes. Ce qui est en jeu, c'est la manière de regarder Dieu, les autres, nous- mêmes. Pourquoi penses-tu n'avoir réussi que si l'autre a moins de succès que toi ?
Par le prophete Isaïe Dieu nous interpelle : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins. » Il faut laisser Dieu changer notre manière de penser. La logique de Dieu dépasse la logique du mérite calculé. Cela ne voudrait pas dire que Dieu serait injuste ni arbitraire. Mais le Seigneur vient briser nos mesures humaines. Le grand appel du prophète est que le Seigneur veut nous faire passer du calcul à la confiance ; de la comparaison à la communion ; du mérite à la grâce ; et de
nos pensées aux pensées de Dieu.
C’est précisément là que l’Évangile va nous conduire. Un maitre de domaine sort à des heures différentes et recrute des ouvriers : « Allez à ma vigne, vous aussi ! » Il cherche ceux que la vie a laissés. À celui qui croit que son heure est passée, Dieu dit : ton heure n’est pas passée ! À celui qui pense avoir trop tardé, Dieu dit : entre dans ma vigne ! À celui qui croit que son histoire est terminée, Dieu dit : je n’ai pas encore écrit le dernier chapitre ! Notre Dieu cherche l’homme jusqu’à la dernière heure.
Mais la difficulté survient lorsque ceux qui ont ete recrutés les premiers se plaignent : « Ceux-là n’ont fait qu’une heure, et tu les traites comme nous! » Voici la maladie que le Seigneur veut arracher de nos cœurs : la comparaison. Les premiers ne souffrent pas de ce qu’ils ont reçu ; ils souffrent de voir que les derniers reçoivent aussi. Leur cœur ne sait plus rendre grâce parce qu’il regarde la grâce de l’autre. Et le Seigneur nous interpelle : « Ton regard est-il mauvais parce que moi, je suis bon ? »
C'est extrêmement actuel. Dans un groupe, un presbyterium, une communauté ou une famille, une institution, dans un apostolat, on peut servir Dieu pendant des années et finir par tomber dans cette tentation : Dieu ne nie pas le travail des premiers ouvriers. Il leur donne exactement ce qui avait été convenu. Il en fait autant avec les derniers venus, les ouvriers de la dernière heure. En effet, avec Dieu, même la dernière heure peut devenir une heure de grâce.
Nous avons souvent des pensées très humaines : « J’ai beaucoup travaillé, donc je mérite davantage.» « Celui -là est arrivé après moi, donc il doit recevoir moins. » «J’ai été fidèle pendant toutes ces années, donc Dieu me doit quelque chose. » « J’ai souffert davantage, donc ce que je mérite comme récompense doit dépasser ce que les autres peuvent recevoir. » Mais Dieu refuse que la grâce reçue par l’autre devienne pour moi une injustice.
Le Seigneur nous dit : cesse de surveiller la jarre de ton frère ! Tu ne seras pas plus grand parce que ton frère sera plus petit. Tu ne seras pas plus aimé parce que l’autre sera moins aimé. La grâce que Dieu donne à ton frère n’est pas une menace contre toi. Dieu n’a pas besoin d’appauvrir quelqu’un pour t’enrichir. Il peut bénir l’autre et te bénir ; il peut appeler l’autre sans t’abandonner ; il peut faire lever un nouveau charisme sans supprimer celui qu’il a déposé en toi.
Nous demandons souvent: « Pourquoi lui ou elle ? Pourquoi cette responsabilité et reconnaissance ? » Dieu nous répond : « Et toi, que fais-tu de ce que je t’ai confié ? » Ne gaspille plus ton énergie à compter les mérites ! Ne passe plus ta vie à défendre ta place ! Entre dans la vigne, travaille, sers, porte du fruit ! Ta mission n’est pas de contrôler la grâce ; ta mission est de la faire fructifier. Arrête les regards jaloux, les rivalités cachées, les ressentiments silencieux, les compétitions spirituelles, ces calculs qui empoisonnent nos communautés, familles et sociétés.
Saint Paul nous montre le chemin : « Pour moi, vivre, c’est le Christ. » La révolution intérieure que Dieu veut accomplir est là. Tant que je vis pour moi, je réclame ma place. Tant que ma reconnaissance passe avant tout, je compare. Tant que je vis pour mon honneur, je m’irrite lorsque l’autre est honoré. Mais lorsque le Christ devient ma vie, je ne demande plus : « Qu’est-ce que je vais recevoir ? » Je demande : « Seigneur, où veux-tu que je serve ? Qui a besoin de moi ? Qui puis-je relever ? Quelle mission me confies-tu aujourd’hui ? »
Un appel prophétique pour nos familles, nos communautés et notre Église : la vigne manque d’ouvriers ! Pendant que nous comparons, des jeunes cherchent des témoins. Pendant que nous défendons nos places, des familles attendent de nous une parole de réconciliation. Pendant que nous comptons nos sacrifices, des gens pauvres attendent notre solidarité, des personnes blessées attendent notre présence, et des vocations attendent d’être accompagnées. Le temps n’est plus aux rivalités : le temps est au service ! Il n’est plus aux calculs, mais à la mission !
Alors, frères et sœurs, entendons l’ordre du Maître : « Allez à ma vigne, vous aussi ! » Toi qui es là depuis longtemps : va ! Toi qui viens d’arriver : va ! Toi qui as été blessé : va ! Toi qui as été oublié : va ! Toi qui penses ne plus avoir rien à offrir : va encore ! La vigne du Seigneur a besoin de toi. Il n’est jamais trop tard pour devenir un instrument de Dieu. Cette Eucharistie doit être, aujourd’hui le lieu d’un retournement ! Laisse-toi saisir, séduire et envoyer aussi par Dieu dans sa vigne, pour sa seule gloire et le salut du monde.
PRIONS :
Seigneur,
Beni sois-tu de purifier notre regard sur toi, sur nous-mêmes et sur les autres.
Merci d'être le Père prévenant qui ne laisse personne sur le bord du chemin.
Tu nous envoies nous aussi dans ta vigne, tu nous combles de ta grâce, et nous t'en remercions.
Arrache de nous la comparaison, guéris nos regards, délivre-nous de la jalousie, brise nos calculs et donne-nous un cœur capable de se réjouir de la grâce faite à l’autre.
Nous ne voulons plus vivre selon nos pensées, mais selon les tiennes ;
Nous ne voulons plus défendre nos places, mais servir ta mission ;
Nous ne voulons plus demander qui mérite davantage, mais devenir nous-mêmes davantage disponibles.
Et lorsque tu nous appelleras, à l’aube ou à cinq heures du soir, nous répondrons : « Me voici, Seigneur. Envoie-moi dans ta vigne ! »
Comme St Paul, nous voulons proclamer : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ! »
Lui qui regnes avec toi et l'Esprit Saint, poyr les siecles sans fin. Amen.
P. Vital NKENLIFACK ssc,
Frère Missionnaire de Cana.
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