Croix
Vert | 24eme Dimanche de l'année A

Pardonner c'est refuser que le mal subi continue à tout influencer en moi

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« Je ne te dis pas de pardonner jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois »—
bookmark Mt 18, 21-35
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Pardonner c'est refuser que le mal subi continue à tout influencer en moi

Méditation. 24eme Dimanche Ordinaire A. 23/09/26. La couleur liturgique edt le vert. Psautier Sem. IV.

Bien chers frères et sœurs,

Les textes de ce Dimanche forment une unité extrêmement forte autour du pardon. ils ne parlent pas seulement du pardon comme d’une vertu morale,mais du pardon comme d’une condition de guérison, de communion et d’appartenance au Christ. Ils nous donnent de comprendre alors que
« Celui qui a reçu la miséricorde ne peut pas devenir le gardien de la dette de son frère.» Car la rancune est une contradiction spirituelle. Pardonner c'est refuser que le mal subi continue à tout influencer en moi.

Dieu nous parle du pardon. Mais il ne nous parle pas d’un pardon théorique. Il parle de notre cœur. Ben Sira dit : « Rancune et colère, voilà des choses abominables. » Pourquoi ? Parce qu’une blessure peut devenir une prison. Quelqu’un t’a blessé hier. Mais depuis combien de temps continues-tu à souffrir de cette blessure ? La personne est peut-être partie. Mais elle habite encore ta mémoire. Elle gouverne encore tes réactions. Elle influence encore tes relations. Attention ! Tu crois garder rancune contre quelqu’un ; en réalité, c’est peut-être la rancune qui te tient prisonnier. Aujourd’hui, le Seigneur vient te dire : « Laisse-moi te libérer ! »

Ben Sira pose une question terrible : « Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ? » Tu demandes : « Seigneur, guéris-moi. » Mais Dieu te demande : « Et cette rancune que tu entretiens ? » Tu demandes la paix. Mais tu nourris une guerre intérieure. Tu demandes à Dieu d’effacer tes péchés. Mais tu conserves précieusement le catalogue des péchés des autres. Tu dis : « Seigneur, pardonne-moi ! » Et tu dis à ton frère : « Moi, je ne te pardonnerai jamais ! » Voilà la contradiction que la Parole vient dénoncer.

Comment recevoir la miséricorde de Dieu et devenir soi-même un tribunal permanent pour les autres ? Regardons le psaume : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. » Frères et sœurs, c’est notre histoire ! Si Dieu nous avait traités selon nos fautes, où serions-nous aujourd’hui ? Si Dieu avait retenu toutes nos erreurs, toutes nos infidélités, toutes nos paroles mauvaises et nos pensées cachées, pour nous les présenter une à une, qui pourrait tenir debout ?

Mais Dieu ne nous enferme pas dans notre passé.Il pardonne. Il relève. Il recommence avec nous. Alors écoute cette question : si Dieu ne te réduit pas à tes fautes, pourquoi réduis-tu ton frère à son erreur ? Si Dieu t’a donné une nouvelle chance, pourquoi refuses-tu toute nouvelle chance à l’autre ?
C’est là que Pierre intervient : « Seigneur, combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’ à sept fois ? » Pierre veut une limite. Jésus lui enlève la limite : « Jusqu’à 70 fois sept fois. » Jésus ne demande pas : « Combien de fois peux-tu supporter ton frère ? » Il demande : « Es-tu entré dans la logique de la miséricorde ? »

Le chrétien ne compte plus ses pardons. Il ne tient plus une comptabilité de la grâce. Il ne dit pas : « Je t’ai déjà pardonné cinq fois. Il ne reste que deux chances ! » Non ! Quand tu as compris combien Dieu t’a pardonné, tu changes de logique. Tu ne vis plus dans le calcul. Tu vis dans la grâce.
Et Jésus raconte cette parabole qui nous met face à nous-mêmes. Un serviteur doit une dette énorme. Impossible à payer. Son maître lui remet tout. Tout ! Mais à peine sorti, il trouve quelqu’un qui lui doit moins que ce qu'il devaitau maître. Et il l’étrangle : « Rembourse-moi ! »

C'est là le scandale ! Il vient de recevoir la miséricorde et il refuse la miséricorde. Il vient d’être libéré d’une dette immense et il emprisonne son frère pour une dette toute minuscule. N’est-ce pas là parfois notre propre histoire ? Nous demandons à Dieu : « Comprends-moi ! » Mais nous ne voulons pas comprendre l’autre. Nous demandons : « Pardonne-moi ! » Mais nous disons: « Lui, jamais ! » Nous voulons pour nous un Dieu miséricordieux, et un juge impitoyable pour les autres.

Alors Jésus nous frappe avec cette parole : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Là, le cœur de l’Évangile s'éclaire ! Tu ne pardonnes pas parce que l’autre mérite toujours ton pardon. Mais tu pardonnes parce que toi-même tu vis d’un pardon que tu ne méritais pas. Attention : pardonner ne signifie pas dire que le mal n’a pas existé. Pardonner ne signifie pas accepter l’injustice. Pardonner ne signifie pas retourner dans une situation dangereuse.

Pardonner, c’est refuser de devenir à ton tour prisonnier du mal qu’on t’a fait. Tu peux demander justice sans nourrir la haine. Tu peux poser des limites sans maudire. Tu peux prendre tes distances sans empoisonner ton cœur. Tu peux dire : « Ce que tu m’as fait est grave. Mais je refuse que ce mal devienne mon identité. » Il y a aujourd’hui des prisons que personne ne voit. Des prisons dans les familles. Des prisons dans les couples. Des prisons entre frères et sœurs. Des prisons dans les communautés. Des prisons même dans l’Église.

Des personnes ne se parlent plus depuis des années. Elles communient parfois au même autel. Elles prient le même Notre Père. Mais elles portent encore une guerre dans leur cœur. Aujourd’hui, le Seigneur veut ouvrir des portes. Il y a peut-être quelqu’un que tu dois remettre à Dieu. Quelqu’un dont le nom te fait encore mal. Quelqu’un dont tu refuses même de prononcer le nom. Aujourd’hui, ne justifie plus ta prison. Donne ta blessure au Christ !

Saint Paul ajoute : « Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même. » Cela signifie : ta vie ne t’appartient pas entièrement. Ton cœur, ta mémoire, et tes relations appartiennent au Seigneur. Alors, qui est Seigneur de ton cœur : Jésus ou ta blessure ? Qui gouverne ta mémoire : l’Évangile ou la rancune ? Qui décide de ton avenir : celui qui t’a blessé ou celui qui t’a sauvé ? Si le Christ est ton Seigneur, aucune offense ne peut avoir le dernier mot sur ta vie. Aujourd’hui, Jésus veut récupérer dans ton cœur une place que la rancune a occupée trop longtemps.

Alors, frères et sœurs, ne sortons pas de la Messe avec une simple émotion. Prenons une décision ! Demande au Seigneur : « Qui dois-je pardonner ? À qui dois-je demander pardon ? Quelle rancune dois-je déposer ? Quelle parole dois-je cesser de répéter ? Quelle vieille histoire dois-je enfin remettre entre tes mains ? » Peut-être que tu ne peux pas encore tout pardonner. Mais fais le pas pour demander la grâce de vouloir pardonner. Commence par prier pour cette personne, pour ne plus la maudire. Laisse Dieu travailler ton cœur.

Car aujourd’hui, le Seigneur veut faire de toi non pas un gardien de dettes, mais un témoin de miséricorde. Garde cette parole prophétique : ce que la rancune a séparé, la miséricorde peut reconstruire ; ce que la blessure a enfermé, le Christ peut libérer ; ce que la haine a détruit, l’amour peut recommencer. Ne reste pas prisonnier de ton passé. Tu as reçu miséricorde. C'est à toi maintenant : deviens miséricorde ! pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde

PRIONS :

Seigneur Jésus,
aujourd’hui, nous te remettons nos blessures, nos rancunes et nos offenses.
Brise toute chaîne intérieure qui nous retient prisonniers du passé.
Donne-nous la grâce de pardonner comme nous avons été pardonnés.
Là où il y a division, fais naître la communion.
Là où il y a colère, fais couler ta paix.
Là où le cœur s’est fermé, fais jaillir une source nouvelle.
Et que personne ne soit plus prisonnier de sa blessure.

Seigneur, nous déclarons que la miséricorde aura le dernier mot !
Que nos familles, nos communautés et nos relations soient restaurées.
Nous choisissons aujourd’hui de ne plus reproduire le mal reçu.
Nous avons reçu miséricorde : fais de nous des témoins de ta miséricorde.
Au nom de Jésus. Amen.

P. Vital NKENLIFACK ssc,
Frère Missionnaire de Cana.

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