Tout est grâce avant d’être mérite
« J’arracherai mes brebis de leur bouche et elles ne seront plus leur proie »
— Ez 34, 1-11
Frères et sœurs bien-aimés,
Une question importante nous est posée aujourd'hui : qu’est-ce que nous avons que nous n’ayons reçu ? Notre vie, notre foi,nos capacités, notre vocation,notre famille, nos charismes, notre ministère, nos relations, notre intelligence, notre santé, toutes ces occasions qui nous ont été données, les personnes qui croisent notre chemin... Même ce que nous avons construit avec beaucoup d'efforts repose sur des dons qui n'ont pas été faits par nous-mêmes. En réalité, tout est grâce avant d’être mérite.
L’Évangile des ouvriers de la dernière heure nous arrache à la tentation du «droit acquis ». Nous ne sommes pas propriétaires de la vigne.Le Maître y recrute des ouvriers à des heures différentes : tôt le matin, à neuf heures, à midi, à trois heures et même à cinq heures. Cela signifie que personne ne peut se glorifier de son ancienneté devant Dieu. Tous ont été appelés par grâce. Le service que nous sommes invités à rendre n'oblige pas Dieu à nous récompenser. C'est déjà une grâce d’avoir été choisi pour servir.
Voilà pourquoi le Seigneur dénonce aussi, par Ézékiel, les mauvais bergers : « Ils sont bergers pour eux-mêmes. » Le mauvais berger dit implicitement : « Le troupeau est à moi » ; Dieu lui répond : « Mon troupeau ». Voilà le drame de toute responsabilité spirituelle : lorsque le serviteur commence à prendre pour lui ce qui appartient à Dieu. Les personnes que j'accompagne ne sont pas « mes fidèles ». Une communauté n'est pas « ma communauté ».Un apostolat n'est pas « mon œuvre ». Un charisme n'est pas « mon charisme ». Tout appartient à Dieu. Nous ne sommes que des intendants.
Frères et sœurs, que Dieu nous délivre de la jalousie devant la grâce accordée aux autres ! Ne regardons pas celui qui arrive à cinq heures avec le regard des ouvriers de la première heure. La bonté de Dieu n’est pas une injustice envers nous. La grâce donnée à mon frère ne diminue pas la grâce reçue par moi. Le regard mauvais commence lorsque je compare mes mérites à la miséricorde de Dieu. Le vrai serviteur se réjouit que la vigne porte du fruit, même si ce fruit passe par quelqu’un d’autre.
Aujourd’hui, le Seigneur nous appelle donc à une conversion radicale : passer du mérite à la grâce, de la possession à l’intendance, de la revendication à la gratitude, du pouvoir au service. Tu as reçu un charisme ? Mets-le au service. Une responsabilité ? Prends soin des autres. Une vocation ? Donne-toi. Une grâce particulière ? Ne la transforme pas en privilège. Tout ce que tu as reçu gratuitement, remets-le gratuitement au service de la vigne.
Ce que Dieu nous confie n’est jamais pour nous être possédé, mais pour être mis au service. Celui qui a reçu davantage n’a pas reçu davantage pour être davantage servi, mais pour davantage servir. Et lorsque viendra le soir, que le Maître puisse trouver en nous non des propriétaires qui réclament leur dû, mais des serviteurs heureux de pouvoir dire : « Seigneur, tout vient de toi ; tout est à toi ; prends tout et fais-en ce que tu veux », pour ta seule gloire et le salut du monde.
PRIONS :
Seigneur Jésus,
Je reconnais aujourd’hui que tout ce que je suis et tout ce que j’ai vient de toi. Pardonne-moi d’avoir parfois transformé tes dons en mérites, mes responsabilités en possessions et mon service en droit.
Je renonce à m’approprier ta vigne, tes brebis et tes grâces.
Fais de moi un serviteur humble, reconnaissant et disponible.
Que ce que j’ai reçu gratuitement, je le mette gratuitement au service de mes frères, sans jalousie, sans comparaison et sans recherche de gloire.
Seigneur, prends ma vie, mes dons et ma vocation : tout est à toi.
Apprends-moi à travailler dans ta vigne avec joie, jusqu’au dernier moment, en me réjouissant de la grâce que tu accordes aux autres.
Me voici, Seigneur : fais de moi un intendant fidèle de tes dons.
Toi qui vis et règne pour les siècles sans fin. Amen.
Communauté
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