« La foi qui fait tomber les frontières »
« Les étrangers, je les conduirai à ma montagne sainte »
— Is 56, 1.6-7
Frères et sœurs bien-aimés,
Dimanche dernier, par la foi nous étions invités à sortir de nos sécurités pour rencontrer le Seigneur et le faire connaître aux autres. Aujourd'hui, la foi nous donne de comprendre que Dieu est infiniment plus grand que les frontières que nous lui construisons.Il rassemble tous les peuples et fait grâce à tous, indépendamment des origines, classes sociales et autres. Les privilèges accordés aux uns sont étendus à tous désormais. Laissons Dieu agrandir notre cœur par la foi qui fait tomber les frontières.
Isaïe annonce : « Ma maison s’appellera Maison de prière pour tous les peuples. »
Et cela nous interpelle fortement. Nous pouvons être physiquement dans la maison de Dieu tout en ayant construit intérieurement des murs : murs ethniques, familiaux, sociaux, communautaires, linguistiques, économiques, religieux. Nous pouvons dire « notre Église », « notre groupe », « nos gens », comme si Dieu avait une grâce réservée à notre cercle. Mais la maison de Dieu n’est pas une propriété privée : elle rassemble tous les peuples.
Jésus, dans l’Évangile, rencontre une femme qui, humainement, n’avait aucun titre pour réclamer quoi que ce soit : elle était Cananéenne, étrangère, extérieure au peuple élu. Et pourtant, Jésus finit par lui dire : « Femme, grande est ta foi ! » Dieu ne regarde pas d’abord d’où on vient ; mais il regarde vers qui nous nous tournons. La question n'est donc pas seulement : « De quelle famille es-tu ? De quelle ethnie ? De quelle communauté ? De quelle paroisse ? » La vraie question est : « Ton cœur appartient-il vraiment au Seigneur ? »
Le secret de la foi de cette étrangère est qu' elle ne négocie pas avec Dieu sur la base de ses mérites ; elle s’appuie sur sa miséricorde. La dureté de la réponse de Jésus à sa demande ne la décourage pas : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » Et elle répond avec une remarquable humilité: « Oui, Seigneur ; mais justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. » Elle nous dit aussi que la foi véritable ne se décourage pas devant le silence de Dieu.
Il y a des moments où nous prions et rien ne semble bouger. Nous demandons la guérison, la réconciliation, la conversion d’un enfant, la restauration d’un couple, la solution d’un problème, et Dieu semble silencieux. Alors nous concluons : « Dieu m’a abandonné. » La Cananéenne nous enseigne une autre attitude : quand Dieu semble silencieux, continue de croire ; quand le chemin semble fermé, continue de chercher ; quand les autres te disent de partir, reste auprès du Seigneur.
Saint Paul dit justement en ce même sens que : « Les dons gratuits de Dieu et son appel sont sans repentance. » Il ne reprend pas facilement ce qu’il a donné. Il travaille même à travers nos refus, nos lenteurs et nos résistances pour conduire tous les hommes à la miséricorde. Il n’abandonne pas son dessein. Mais il nous appartient d'ouvrir à Dieu les portes de notre cœur, par la foi. La vraie conversion chrétienne consiste aussi à laisser Dieu agrandir notre cœur.
Si notre foi nous rend fiers de nous-mêmes mais méprisants envers les autres,quelque chose ne va pas. Si notre prière nous rapproche de Dieu mais nous éloigne des pauvres, des étrangers, des personnes différentes de nous, nous n’avons pas encore compris la largeur du cœur de Dieu.
Qui sont aujourd’hui les “Cananéens” que nous avons du mal à accueillir ? Qui sont ceux que nous classons : « étrangers », « pécheurs », « pas de chez nous », « pas de notre niveau », « pas de notre spiritualité », « pas de notre ethnie », « pas de notre famille » ?
Aujourd’hui, Soyons cette Cananéenne qui refuse de désespérer. Peut-être qu'un frère, une sœur est loin de Dieu, qu’un jeune est perdu, qu’un couple est brisé, qu’il y en ait qui ne croit plus. Ne cesse pas de l’amener à Jésus dans ta prière. Remarquons que la fille de la Cananéenne est guérie loin de là, sans même être présente. Persévérante, la foi porte du fruit pour quelqu’un d’autre. La femme ne demande pas pour elle-même. Elle intercède pour sa fille. Notre foi peut devenir le chemin par lequel la grâce atteint ceux qui ne peuvent pas encore venir eux-mêmes à Jésus.
Que Jésus puisse nous dire, comme à la cananeenne non pas : « grande est ta richesse », ni « grande est ta position », non plus « grande est ta connaissance », mais : « Grande est ta foi ! » Une foi qui persévère;
qui intercède ; qui ne méprise personne;qui traverse les frontières; croit même quand Dieu semble silencieux ; qui s’attache à la miséricorde, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde.
PRIONS :
Seigneur Jésus,
Agrandis notre cœur.
Brise en nous les murs que tu n’as jamais construits.
Donne-nous la foi de la Cananéenne : une foi humble, persévérante et intercédante. Et fais de nos familles, de nos communautés et de nos paroisses une véritable “maison de prière pour tous les peuples”.
Toi qui vis et règnes avec le Père, dans l'unité de l'Esprit Saint, pour les siècles sans fin.
Amen.
Communauté
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