Pardonner sans cesse : dévoiler le mal sans devenir mauvais
« Sous leurs yeux, pars en plein jour, comme un exilé »
— Ez 12, 1-12
Frères et sœurs bien-aimés,
La Parole de Dieu nous donne aujourd’hui une mission profondément prophétique : voir le mal, le dénoncer, mais ne jamais laisser le mal faire de nous, ou alors nous transformer en mauvaises personnes. Ici nous sommes invités à accueillir l'appel à être des signes, des messages que Dieu a pour son peuple au sein duquel il nous fait vivre. Il nous faut pardonner sans cesse : dévoiler le mal sans devenir mauvais.
À Ézékiel, Dieu dit : « J’ai fait de toi un signe pour la maison d’Israël.» Le prophète ne se contente pas de parler: sa vie devient un message. Il dénonce l’infidélité du peuple, mais il est appelé à demeurer lui-même fidèle. Voilà ce que Dieu attend aussi de nous : être des signes. Dans une famille divisée, être signe de réconciliation. Dans une communauté blessée, être signe de communion. Dans une société où la vengeance répond à la vengeance, être celui chez qui la chaîne du mal s’arrête.
Cela est possible : parce que nous-mêmes avons été pardonnés. Pierre demande : « Combien de fois dois-je pardonner ? Jusqu’à sept fois ? » Jésus répond : « Jusqu’à 70 fois sept fois. » Autrement dit : ne mets pas de limite à la miséricorde. Le serviteur avait reçu un pardon immense, mais il sort de chez son maître sans avoir laissé ce pardon transformer son cœur. Il avait été gracié, mais il n’était pas devenu miséricordieux.
C’est peut-être notre tentation à nous aussi : nous voulons que Dieu soit miséricordieux avec nous, mais nous devenons juges impitoyables des autres.
Nous demandons chaque jour: « Pardonne- nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » Mais réalisons-nous ce que nous demandons ? Nous demandons à Dieu de nous traiter comme nous traitons notre frère !Frères et sœurs, pardonner ne signifie pas dire que le mal n’est pas grave.
Ézékiel nous montre qu’il faut dévoiler le mal, dénoncer l’injustice, appeler tous au changement. La miséricorde n’est pas la complicité avec le péché. Mais dénoncer le mal ne nous donne pas le droit de haine ni celui de mépriser qui fait le mal. On peut dire la vérité sans humilier.On peut corriger sans écraser. On peut poser des limites sans se venger. On peut rechercher la justice sans nourrir la haine.On peut même s’éloigner de quelqu’un tout en priant pour sa conversion.
Le chrétien ouvre les yeux sur le mal, mais il ne ferme pas son cœur à la miséricorde. Voilà la véritable prophétie ! Car le monde n’a pas seulement besoin de chrétiens qui dénoncent le mal. Il a besoin de chrétiens chez qui le mal s’arrête.Quelqu’un t’a causé des blessures ? Que la vengeance s’arrête chez toi. Quelqu’un t’a humilié ? Que par toi l’humiliation ne soit pas transmise. On t'a trahi ? Ne deviens pas toi-même un traître.
Quelqu’un a semé la division ? Ne deviens pas son relais. Ne deviens jamais ce que tu combats !
Et peut-être qu’aujourd’hui Jésus nous demande de déposer devant lui une vieille rancune, une dette, une blessure que nous portons depuis trop longtemps. Pardonner ne veut pas dire oublier immédiatement. Et cela ne signifie pas nécessairement refaire confiance comme avant. Mais cela signifie dire : « Seigneur, je refuse que ma blessure continue à gouverner mon cœur. Je remets cette personne entre tes mains.Je renonce à la vengeance. Fais de moi un signe de ta miséricorde. »
Nous avons été pardonnés pour pardonner. Nous avons reçu miséricorde pour faire miséricorde. Nous avons été relevés pour relever. Que nos familles et communautés, notre Église et notre société puissent, par nous, et à travers nous, rencontrer Dieu qui dénonce le mal sans haïr, qui corrige sans écraser, et qui pardonne toujours pour que s'ouvre un chemin de conversion à tous. Seigneur, fais de nous des signes vivants de ta miséricorde. Et que le mal, en nous rencontrant, ne trouve plus de relais, pour ta seule gloire et le salut du monde.
PRIONS :
Seigneur Jésus,
aujourd’hui, je choisis de ne plus être un relais du mal.
Donne-moi la grâce de pardonner sans cesse, de dire la vérité sans haine, de dénoncer le mal sans condamner la personne, et de rechercher la justice sans vengeance.
Là où il y a rancune, fais de moi un artisan de paix.
Là où il y a division, fais de moi un signe de communion.
Là où il y a blessure, fais de moi un témoin de ta miséricorde.
Je te remets aujourd’hui toute personne que j’ai du mal à pardonner.
Je renonce à la vengeance et je choisis la miséricorde.
Que le mal s’arrête en moi et que ton pardon puisse passer à travers moi.
Jésus, doux et miséricordieux, fais de moi ton signe.
Amen.
Communauté
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