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Père Vital
Vert | Mercredi; De la férie; 19eme sem; Ordinaire A; Couleur Liturgique, le vert; Psautier sem; III · Ste Jeanne Françoise de Chantal, religieuse
mercredi 12 août 2026

Devenons ceux par qui Dieu commence à combattre les abominations parmi nous

« Marque d’une croix au front ceux qui gémissent sur toutes les abominations qu’on commet à Jérusalem »

— Ez 9, 1-7 ; 10, 18-22

Bien chers frères et sœurs,

Les textes de ce jour nous placent devant une urgence : Dieu cherche non seulement des chrétiens qui voient le mal mais des disciples qui refusent de s’y habituer et qui travaillent à restaurer la communion. Nous ne sommes pas appelés à vaincre les personnes, mais à vaincre ce qui détruit la communion. Le danger le plus grave n’est peut-être pas que le mal existe; c’est que nous finissions par nous habituer au mal. Devenons ceux par qui Dieu commence à combattre les abominations parmi nous.

Dans la première lecture, Dieu dit à l’homme vêtu de lin : « Marque d’une croix au front ceux qui gémissent et qui se lamentent sur toutes les abominations qu’on commet. » Ce qui attire ici l’attention de Dieu, ce n’est pas simplement la connaissance du mal, mais la douleur intérieure de ceux qui refusent de devenir indifférents au mal. Ils voient la corruption, l’injustice, les divisions, les violences, les mensonges, les infidélités… et leur cœur souffre. Ils ne disent pas : « Ce n’est pas mon problème. » Ils ne disent pas non plus : « Tout le monde fait comme ça. » Ils gémissent parce que leur cœur appartient encore à Dieu.

Quand le mensonge devient normal, quand l’injustice devient une stratégie, quand la médisance devient un divertissement, quand les divisions deviennent une manière de vivre ensemble, quand on peut détruire la réputation d’un frère sans que notre conscience réagisse, quelque chose est déjà mort en nous. Le prophète nous invite aujourd’hui à demander : « Seigneur, est-ce que mon cœur souffre encore de ce qui fait souffrir ton cœur ? »

Mais l’Évangile nous montre comment Dieu veut que nous réagissions au mal. Jésus ne nous demande ni de fermer les yeux, ni de condamner publiquement notre frère, ni de l’écraser. Il dit : « Va lui faire des reproches seul à seul. » Autrement dit : ne parle pas d’abord sur ton frère ; parle avec ton frère. Voilà une véritable révolution chrétienne ! Nous avons souvent plus de facilité à parler de quelqu’un qu’à parler à quelqu’un. Nous racontons son tort à dix personnes avant même de lui avoir parlé une seule fois.

Jésus nous donne donc une méthode de guérison de la communion : la vérité, mais dans l’amour ; la correction, mais avec discrétion ; la fermeté, mais avec le désir de gagner le frère. Le but n'est pas d'avoir raison. Le but est : « Tu as gagné ton frère. » Quelle différence ! Dans le monde, nous cherchons souvent à gagner une dispute ; dans l'Église, Jésus nous demande de gagner un frère. Nous ne sommes pas appelés à vaincre les personnes, mais à vaincre ce qui détruit la communion.

Et Jésus va encore plus loin : « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » La vraie communion ne consiste donc pas à être simplement ensemble ; elle consiste à être réunis au nom du Christ. Deux personnes peuvent vivre dans la même maison et être profondément séparées. Deux membres peuvent appartenir à la même communauté et se combattre intérieurement. Deux chrétiens peuvent prier dans la même église tout en portant dans leur cœur rancune, jalousie et mépris.

Ne devenons jamais des spectateurs des abominations que nous dénonçons chez les autres. Peut-être que nous gémissons sur les divisions de l'Église, mais et nous, entretenons-nous une division avec quelqu’un ? Nous dénonçons la corruption, mais sommes-nous honnêtes dans les petites choses ? Nous déplorons les conflits dans les familles, mais refusons- nous nous-mêmes de demander pardon ? Nous condamnons la médisance, mais combien de conversations alimentons- nous ?

Aujourd’hui, Dieu veut mettre une croix sur notre front : la croix du Christ, signe de ceux qui refusent l’indifférence et choisissent la sainteté. Mais cette croix doit aussi descendre du front jusqu’au cœur, puis du cœur jusqu’à nos relations. Quelqu’un attend peut-être aujourd’hui que nous allions lui parler. Quelqu’un attend peut-être un pardon. Quelqu’un attend peut-être que nous arrêtions de raconter son histoire. Quelqu’un attend peut-être simplement que nous lui disions : « Mon frère, ma sœur, je ne veux pas te perdre. Parlons. »

Ne soyons donc pas seulement ceux qui gémissent sur les abominations : devenons ceux par qui Dieu commence à les faire disparaître. Que nos maisons retrouvent la paix, que nos communautés retrouvent la communion, que nos familles retrouvent le dialogue, que nos cœurs retrouvent la compassion. Et que l'on puisse dire de nous : ils ont vu le mal, mais ils n'ont pas reproduit le mal ; ils ont choisi le chemin du Christ, celui de la vérité, du pardon et de la réconciliation, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

PRIONS :

Seigneur Jésus,
marque aujourd’hui mon cœur de ta Croix.
Délivre-moi de l’indifférence devant le mal,
mais aussi de la médisance, du jugement et de la condamnation.
Donne-moi le courage de parler à mon frère plutôt que de parler de lui.
Donne-moi l’humilité de reconnaître mes propres torts,
la force de demander pardon
et la grâce de pardonner.
Seigneur, fais de moi un artisan de communion.
Là où il y a division, fais de moi un pont ;
là où il y a blessure, fais de moi un instrument de guérison ;
là où il y a mensonge, fais de moi un témoin de vérité ;
là où il y a haine, fais de moi un témoin de ton amour.
Et lorsque deux ou trois seront réunis en ton nom,
fais-nous reconnaître ta présence au milieu de nous.
Amen.

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