« Ils ont semé le vent, ils récolteront la tempête. »
« Ils ont semé le vent, ils récolteront la tempête »
— Os 8, 4-7.11-13
Frères et sœurs bien-aimés,
Aujourd'hui, Dieu ne nous parle pas avec des paroles de consolation. Il nous parle avec le feu des prophètes. Il ne caresse pas nos consciences ; il les secoue. Il ne cherche pas à nous rassurer ; il cherche à nous convertir. Il nous adresse une parole qui n'est pas une menace. C'est un verdict. C'est la loi de toute vie spirituelle. Dieu a créé un monde où chaque semence porte son fruit. On ne récolte jamais ce que l'on n'a pas semé. « Ils ont semé le vent, ils récolteront la tempête. »
Cette parole d'Osée est l'une des plus terribles de toute la Bible. On ne se moque pas de Dieu. Ce que l'homme sème, il finit toujours par le récolter. Celui qui sème le mensonge récolte la méfiance. Celui qui sème l'injustice récolte la révolte. Celui qui sème l'orgueil récolte la chute. Et celui qui sème le vent récolte la tempête.Quel est ce vent que dénonce le prophète ? C'est le vide d'une vie qui prétend servir Dieu tout en adorant autre chose. Israël continue de prier, de sacrifier, d'offrir un culte, mais son cœur est ailleurs.
Dieu n'est plus le Seigneur ; il est devenu un prétexte. Les véritables maîtres sont désormais le pouvoir, l'argent, les alliances humaines et les intérêts personnels. Ceci n'est pas vrai d'abord pour le monde, mais bien pour le peuple de Dieu. Ça s'adresse à nous,à l'Église. Ne nous trompons pas. Les grandes crises de l'Église naissent toujours non pas ailleurs mais dans le sanctuaire. Elles commencent lorsque ceux qui devraient conduire vers Dieu conduisent subtilement le peuple vers eux-mêmes.
Le vent semé qui deviendra tempête, c'est une religion sans Dieu ; une Église qui parle beaucoup du Christ mais qui ne vit plus de Lui ; un culte sans conversion;une vocation qui recherche confort et honneurs, et non la croix ; c'est un sacerdoce qui préfère les applaudissements au lavement des pieds.
C'est une autorité qui veut être servie au lieu de servir. En effet, aujourd'hui encore, nous pouvons transformer en carrière la vocation chrétienne,le ministère en pouvoir le sacerdoce en position sociale,la mission en recherche de prestige, la responsabilité ecclésiale en lutte d'influence.
Nous pouvons beaucoup parler de Dieu et ne plus vivre de Dieu. Quand le prêtre aime davantage les privilèges de son ministère que le Christ qui l'a appelé, il sème le vent.
Quand un évêque cherche à protéger son image qu'à défendre la vérité de l'Évangile, il sème le vent. Quand des responsables d' Église passent plus de temps à défendre leurs territoires qu'à sauver les âmes, ils sèment le vent.Quand des baptisés font de l'Église le moyen pour satisfaire leur besoin d'être importants, admirés ou influents, ils sèment le vent. Et lorsqu'une communauté préfère les calculs humains à la docilité envers l'Esprit Saint, elle sème le vent.
Lorsque l'autel devient un théâtre;la liturgie une scène; lorsque la prédication cherche davantage à plaire qu'à convertir ; lorsque les titres deviennent plus importants que la sainteté ; lorsque les vêtements sacrés cachent des cœurs qui ne veulent plus être crucifiés avec le Christ, alors le vent est déjà en train de souffler. Et tôt ou tard vient la tempête : tempête des scandales, des divisions, des vocations qui tarissent, des jeunes qui ne croient plus, tempête d'un peuple de Dieu qui ne reconnaît plus dans ses pasteurs le visage du Bon Pasteur.
N'accusons pas seulement le monde. Les prophètes n'ont jamais commencé par dénoncer les païens. Ils ont commencé par purifier la maison de Dieu. Et nous ? Que sommes-nous en train de semer ? Que sèment nos prêtres ? Que sèment nos évêques ? Que sèment nos consacrés ?Que sèment nos familles ?Que sèment nos communautés? Semons-nous l'Évangile ou notre propre image?Semons-nous le Christ ou nos ambitions ? Semons-nous l'Esprit Saint, ou les calculs humains ?
La crise des vocations n'est peut-être pas d'abord une crise d'appel. Elle est une crise de témoignage. Les jeunes ne donnent pas leur vie pour des institutions qui cherchent le pouvoir. Ils donnent leur vie, attirés par des hommes et des femmes qui ont tout quitté parce qu'ils ont rencontré Jésus. C'est pourquoi l'Évangile est bouleversant.
Pendant que les chefs religieux discutent, accusent et condamnent, Jésus marche.
Pendant que d'autres défendent leur zone de pouvoir, il relève les blessés.
Voilà le vrai prêtre. Voilà le vrai évêque. Et voilà le vrai baptisé. Un homme dont le cœur est transpercé par la compassion de Dieu. Et c'est seulement après avoir pleuré sur les foules que Jésus dit : « La moisson est abondante. » La moisson ne manque pas. Ce qui manque, ce sont des ouvriers qui acceptent de mourir à eux-mêmes. L'Église ne sera pas sauvée par davantage d'organisation. Elle ne sera pas sauvée par davantage de stratégies. Elle ne sera pas sauvée par davantage de prestige. Elle sera sauvée lorsque ceux qui portent le nom du Christ accepteront de porter aussi sa Croix.
Aujourd'hui, le Seigneur ne nous demande pas de sauver son Église. Il nous demande de cesser de lui faire obstacle. Laissons le Christ redevenir le centre. Qu'il renverse nos idoles. Qu'il brise nos veaux d'or. Qu'il réduise en poussière nos ambitions bien souvent déguisées en zèle apostolique. Qu'il nous enlève tout ce qui n'est pas Lui.
Car une Église pauvre de tout, mais riche du Christ, est invincible. Une Église humble est irrésistible. Une Église sainte est féconde. Mais une Église fascinée par le pouvoir sème le vent, et ne pourra récolter que la tempête.
Aujourd'hui, la Parole nous demande une seule chose : revenir au Christ. Revenir à la première rencontre. Revenir au premier amour. Revenir à cette heure où nous étions prêts à tout quitter pour Lui. Car qui sème le Christ récoltera toujours la vie. Qui sème la vérité récoltera la liberté. Celui qui sème la sainteté récoltera une Église féconde. Et celui qui sème l'amour du Bon Pasteur verra le Maître de la moisson accomplir lui-même ce qu'aucune stratégie humaine ne pourra jamais produire.
Notre 'Église n'a pas besoin de célébrités religieuses. Elle a besoin de saints. Elle n'a pas besoin de chefs qui se servent du troupeau. Elle a besoin de pasteurs qui donnent leur vie. Elle n'a pas besoin de gestionnaires de carrière. Elle a besoin de disciples. Ne semons plus le vent de nos ambitions. Semons le Christ. Lui seul peut empêcher les tempêtes de détruire son Église et faire lever une moisson de saints.
Frères et sœurs, l'heure n'est plus aux demi -mesures.Le Seigneur passe aujourd'hui au milieu de son peuple, non pour condamner, mais pour nous purifier. Celui qui accepte d'être jugé maintenant par la Parole deDieu n'aura pas à craindre demain la tempête de l'histoire. Revenons au Christ. Pas demain. C'est aujourd'hui que se décide la récolte de demain. En revenant à lui, on retrouve la source unique de la fécondité de l'Église, pour la plus grande gloire de Dieu et le salut du monde.
PRIONS :
Seigneur Jésus, Bon Pasteur, nous nous prosternons devant toi pour te demander pardon d'avoir si souvent semé le vent de nos ambitions, de notre orgueil et de nos compromis, au lieu de semer l'Évangile de ta Croix.
Brise en nous toutes les idoles du pouvoir, de l'avoir et des honneurs. Purifie ton Église, sanctifie tes prêtres, fortifie les consacrés et réveille en chaque baptisé la grâce de sa vocation prophétique.
Donne-nous un cœur pauvre, humble et libre, qui ne cherche qu'une seule gloire : que ton Nom soit connu, aimé et servi.
Que notre vie ne sème plus le vent, mais le Christ ; qu'elle ne produise plus la tempête, mais une moisson de sainteté, de justice et de paix, pour la gloire du Père et le salut du monde.
Amen.
Communauté
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