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Père Vital
Vert | Lundi de la férie, 11e semaine du temps ordinaire A; Semaine III du Psautier
lundi 15 juin 2026

Protéger l'héritage sacré de notre âme des assauts du mal

« Moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant »

— Mt 5, 38-42

Bien chers frères et sœurs,

Les textes de ce jour mettent en lumière une vérité essentielle : chaque personne est un héritage sacré de Dieu, et non un objet que l'on peut acheter, manipuler ou éliminer. Connaître, valoriser et préserver fidèlement cet héritage est un devoir sacré. Que cet héritage soit mystique, spirituel, matériel, moral ou autre, il fait partie de ce trésor de grâces sur lesquelles Dieu nous a établis comme intendants, de qui il attend des comptes. Protégeons l'héritage sacré de notre âme des assauts du mal.

« Je ne te céderai pas l'héritage de mes pères. » Cette réponse ferme et assumée de Naboth au roi qui convoite sa vigne doit interpeller notre aptitude à protéger toutes les grâces et chacun des aspects du don dont Dieu nous a comblés. Naboth est un homme simple face à un roi puissant. Mais il ose lui dire non. Ce refus n'est ni orgueil ni rébellion:c'est la fidélité à son patrimoine et à sa mission d'y veiller. Sa vigne est bien plus qu'un bien matériel ; c'est le symbole de son héritage, de sa vocation, de ce que Dieu lui a confié.

Dans une société où l'on cherche souvent à uniformiser les personnes, à les faire entrer dans des moules, Naboth proclame notre droit à la différence et notre devoir de protéger notre dignité ; il nous rappelle que c'est à nous de préserver ce que Dieu nous a donné. Chacun porte une vigne unique : sa personnalité, ses dons, son histoire, sa sensibilité, son charisme, sa mission. Le drame commence lorsque des hommes refusent d'accepter que quelqu'un soit différent, libre et fidèle à sa conscience.

C'est encore une tentation très actuelle : vouloir posséder, contrôler ou faire taire ceux qui affirment leur identité profonde et le meilleur de leurs convictions assumées.
Le monde a besoin de notre différence qui participe de ses richesses, notre commun patrimoine.Combien de personnes passent leur vie à essayer d'être quelqu'un d'autre ! Combien cachent leurs talents, étouffent leurs intuitions, renoncent à leurs rêves ou à leur appel par peur de déplaire ! Or Dieu ne crée jamais de copies. Il crée des originaux.

Notre plus grande contribution au monde n'est pas d'imiter les autres mais devenir pleinement la personne que Dieu a voulue, réaliser la meilleure version de la personne que nous sommes supposés être. L'Église la société, notre monde, ont tant besoin de prophètes, de serviteurs, de contemplatifs, d'artistes, d'éducateurs, de bâtisseurs, de consolateurs authentiques ; chacun selon sa grâce propre. Lorsque nous renions, ou négligeons notre identité, le monde perd une manifestation unique de l'amour de Dieu.

L'invitation à la fidélité dans la préservation de ce qui fait notre héritage semble être contredite par Jésus qui nous dit : « Ne ripostez pas au méchant. » Mais Jésus ne demande pas la passivité devant l'injustice. Il nous révèle une force supérieure : ne pas laisser le mal nous transformer en artisans du mal. Naboth a perdu sa vigne et sa vie, mais il a conservé son âme. Jézabel et le roi Acab ont obtenu la vigne, mais ils ont perdu leur vérité intérieure, et ont même fini par perdre leur vie..

La victoire du disciple ne consiste pas toujours à gagner un combat extérieur; elle consiste à demeurer fidèle tant à l'identité qu'à son héritage d'enfant de Dieu, même au milieu des incompréhensions, haines, oppositions ou persécutions. Tendre l'autre joue, ce n'est pas renoncer à sa dignité ; ni démissionner face au mal qui menace, ni à faire preuve de couardise; c'est refuser que la haine détruise en nous le visage de Dieu. C'est plutôt faire rayonner un aspect du miracle de l'amour patient de Dieu que nous avons à manifester.

Oser être soi-même pour servir les autres, c'est un miracle. Mettre ses talents et dons fidèlement au service du bien commun, et de façon extraordinaire ou pas, c'est déjà un miracle. Refuser la vengeance et choisir l'amour, c'est un miracle. Demeurer fidèle à sa vocation malgré les pressions, ou à son conjoint malgré les déceptions, c'est un miracle. Le monde n'a pas seulement besoin de voir des miracles ; il a besoin de rencontrer des personnes dont la vie est devenue signe vivant de l'amour de Dieu.

Aujourd'hui, demandons-nous :Quelle est la « vigne » que je dois protéger et faire porter des fruits ? Quels dons ou charismes ai-je peur d'assumer ? Dans quels domaines ou circonstances suis-je tenté de me fondre dans la masse, me conformer au lieu d'être authentique ? Comment puis-je devenir un meilleur signe vivant de l'amour de Dieu pour ceux qui m'entourent ? Naboth nous enseigne le courage d'être nous-mêmes et Jésus nous enseigne comment le rester sans haine, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

PRIONS :

Seigneur,
Donne-moi la fidélité de Naboth pour garder l'héritage que tu m'as confié,
Et la douceur de Jésus pour ne jamais répondre au mal par le mal.
Aide-moi à accueillir pleinement ma personnalité,
Mes dons et ma vocation,
Afin que ma vie devienne un miracle vivant de ton amour pour tous.
Par Jésus le Christ notre Seigneur.
Amen.

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