Redécouvrir le Pain précieux qui fait la communion salutaire
« Dieu t’a donné cette nourriture que ni toi ni tes pères n’aviez connue »
— Dt 8, 2-3.14b-16a
Frères et sœurs bien-aimés,
Nous sommes faits pour Dieu, pour vivre la vie même de Dieu. En Jésus Christ, le Père ne veut pas seulement sauver des gens dispersés ; il veut rassembler ses enfants dans une communion vivante. La Solennité du Saint-Sacrement nous plonge dans ce merveilleux dessein de Dieu.Le projet initial et toujours actuel du Christ est de réaliser ce dessein de Dieu. Dieu est communion d' amour.Rien de ce qui nous importe ne peut s'accomplir en dehors de la communion. Il nous faut redécouvrir le Pain précieux qui fait notre salutaire communion.
Saint Paul est formel :« Puisqu'il y a un seul pain, la multitude que nous sommes est un seul corps. » Nous commettons souvent une erreur : nous pensons que l'Eucharistie est seulement une rencontre personnelle avec Jésus. C'est vrai, mais il y a plus que celà.À l'Eucharistie,en recevant le Corps du Christ dans lePain nous devenons le même Corps. L'Eucharistie produit pas seulement des croyants ; elle produit une communion.
Elle détruit les murs de séparation, guérit les rivalités, relativise ambitions égoïstes et personnelles, transforme des individus en frères.
Jésus révèle qui il est : « Moi, je suis le pain vivant descendu du ciel. » Il ne donne pas simplement quelque chose. Il se donne lui- même. Toute la nouveauté de l'Eucharistie est là. Dieu ne nous nourrit plus seulement de ses dons ; il nous nourrit de sa propre vie. Jésus devient notre nourriture afin que sa relation avec le Père devienne peu à peu notre propre relation. Il veut nous faire entrer dans la communion qui l'unit au Père éternellement :« De même que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange vivra par moi. »
L'Eucharistie n'est donc pas d'abord un rite. Elle est une participation à la vie même de la Trinité. Le Père envoie le Fils. Le Fils se donne totalement. L'Esprit Saint réalise cette union dans nos cœurs. À chacune de nos communions sacramentelles, nous sommes invités à entrer davantage dans ce courant d'amour qui circule entre le Père et le Fils éternellement. L'histoire du salut est alors comme une longue pédagogie de la communion. Et Jésus, en nous donnant son Corps et son sang à manger accomplit ce que Dieu faisait déjà à son peuple.
Dans le désert, Dieu donne la manne à Israël. Cette nourriture mystérieuse n'avait pas seulement pour but d'apaiser la faim du peuple. Elle devait lui apprendre que l'homme ne vit pas seulement de ce qu'il produit ou possède, mais de ce qu'il reçoit de Dieu. La manne était déjà une école de dépendance filiale, une préparation à un don infiniment plus grand.Le peuple croyait manquer de pain ; Dieu voulait lui donner sa Parole. Le peuple cherchait la survie ; et Dieu préparait la communion.
Mais la manne ne pouvait conduire que jusqu'à un certain point. Ceux qui l'ont mangée sont morts. Elle annonçait un autre pain, capable de communiquer la vie même de Dieu, le Dieu qui est amour. Alors
chaque fois que nous communions, Christ nous demande silencieusement : « est-ce que tu acceptes d'aimer ceux que j'aime ? d'accueillir ceux que j'accueille ? de former avec eux un seul corps ? » De devenir aussi un de ceux par qui je me donne au monde pour refaire ce qui compte: la communion?
On ne peut pas recevoir le Pain de l'unité et entretenir volontairement les divisions. On ne peut pas boire à la Coupe de l'Alliance et refuser la réconciliation. On ne peut pas accueillir le Christ dans son cœur tout en rejetant son Corps qu'est l'Église.Cette fête nous invite donc particulièrement à revoir, à examiner notre compréhension et notre manière de vivre la communion. Mieux, elle nous révèle l'urgente, indispensable et plus que nécessaire de redécouvrir ce projet du Christ de refaire notre communion avec Dieu et entre nous.
Dans nos familles : sommes-nous facteurs d'unité ou de division ? Dans nos groupes et communautés, cherchons-nous à faire vivre la complémentarité des charismes ou bien la compétition des personnes ? Dans l'Église : sommes-nous au service du projet commun de Dieu ou de nos seuls intérêts particuliers ? L'Eucharistie nous rappelle que la sainteté n'est jamais un projet pour nous en solitaires. Elle est toujours une aventure de communion.Le Christ s'est fait Pain rompu pour rassembler ce qui était dispersé.
Aujourd'hui encore, il continue son œuvre. Il veut faire de nos familles des lieux de communion, de nos communautés des signes du Royaume, et de l'Église entière le sacrement visible de l'unité du genre humain. Accueillons la grâce déjà donnée de ne pas seulement adorer le Corps du Christ sur l'autel, mais de devenir par nous- mêmes, par notre amour fraternel, le Corps du Christ vivant dans le monde. Car le plus grand miracle de l'Eucharistie n'est pas que le pain devienne le Corps du Christ ; c'est que ceux qui le reçoivent deviennent eux- mêmes, de plus en plus, le Corps du Christ pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
PRIONS
Seigneur Jésus,
Pain vivant descendu du ciel,
Fais de nous des artisans de communion. Que ton Corps reçu dans l'Eucharistie transforme nos cœurs,
Guérisse nos divisions,
Et nous apprenne à vivre comme des frères.
Que nos charismes,
Nos services et nos vies
Soient mis au service de ton dessein d'unité,
Afin que le monde croie que le Père t'a envoyé.
Toi qui vis et règne avec lui,
Dans la communion de l'Esprit Saint ,
Maintenant et pour les siècles sans fin.
Amen.
Communauté
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