Des institutions fidèles et des prophètes authentiques
« Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est le fils de David ? »
— Mc 12, 35-37
Bien chers frères et sœurs,
Notre Église est à la fois hiérarchique et charismatique, ou encore Institutionnelle et prophétique. Dans les textes de ce jour apparaît une tension permanente de la vie ecclésiale : elle existe entre le charisme et l'institution, ou encore, entre la prophétie et la hiérarchie. Les prophètes ont souvent souffert des institutions ; et les institutions ont souvent également souffert de faux prophètes. Que le Seigneur, offre toujours à son Église des institutions fidèles et des prophètes authentiques.
Jésus pose une question qui révèle en soi une tension entre institution et charisme : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Messie est le fils de David ? » Jésus ne veut pas rejeter la tradition des scribes. Il ne nie pas que le Messie soit fils de David. Mais il révèle que les catégories que les Scribes utilisent face à la nouveauté du mystère de Dieu sont bien trop étroites pour. Quand l'Eglise court le risque de se fermer dans ses structures et institutions, elle sacrifie la vigueur du charisme qui la pousse à l'ouverture.
Les scribes représentent la tradition reçue, l'institution, la doctrine et l'autorité qui interprète. Leur rôle est nécessaire. Sans eux, la mémoire du peuple de Dieu peut se dissoudre. Le Messie, lui, est la nouveauté de Dieu ; elle dépasse les cadres établis, les institutions, ou fonctions hiérarchiques. La nouveauté de Dieu est ce qu'annoncent les prophètes. Le discernement pour faire accompagner et protéger la nouveauté de Dieu par l'institution est alors une des plus délicates missions de l'Église.
St Paul indique dans la Parole inspirée par L'Esprit de Dieu la clé du discernement. A Timothée il dit : « Demeure ferme dans ce que tu as appris. » L' institution qui écoute la Parole demeure ouverte aux surprises de l'Esprit. Le prophète qui écoute la Parole demeure enraciné dans la communion de l' Eglise. La Parole de Dieu offre le lieu où le charisme ou la prophétie et l'institution ou la hiérarchie peuvent se rencontrer, se purifier et se vérifier mutuellement. Avec le psalmiste, disons : « Grande est la paix de qui aime ta loi, Seigneur. »
L'une des illusions les plus répandues dans l'Église consiste à croire que la fidélité à Dieu nous vaudra l'approbation de tous. St Paul affirme plutôt le contraire: «Tous ceux qui veulent vivre en hommes religieux dans le Christ Jésus subiront la persécution. » Cette vérité vaut tant pour les institutions que pour les personnes, pour les autorités que pour les prophètes. L'autorité tend à protéger l'héritage reçu au point de peiner à reconnaître la nouveauté de l'Esprit. Et l'inspiration du prophète tend à mépriser la tradition, le discernement commun, le rôle de l'Eglise au risque de s'illusionner.
L'institution est nécessaire : elle conserve, transmet, protège, discerne. Sans elle, les charismes se dispersent et seperdent.Mais le charisme est également nécessaire : il renouvelle, interpelle, féconde et empêche l'institution de se refermer sur elle-même. Sans lui, les structures survivent parfois alors que la vie s'est retirée. Le drame n'est pas l'existence de cette tension. Le drame est lorsque l'une des deux réalités prétend se suffire à elle-même, ou au contraire, que l'institution ou le prophète démissionnent.
L'institution sans prophétie devient simple administration du passé.La prophétie sans communion devient agitation stérile. Tout véritable discernement consiste à assumer que l'Esprit qui a inspiré les fondateurs, les prophètes et les saints est celui même qui guide l'Église à travers ses pasteurs et ses institutions. Nous sommes invités là à une conversion personnelle. Nous avons tous nos « définitions du Messie », nos idées de ce que Dieu devrait faire, des personnes qu'il devrait choisir, ou des charismes qu'il devrait bénir.
Or Dieu dépasse nos schémas.Combien de dons sont étouffés parce qu'ils s'éloignent des lignes tracées d'avance, des goûts des décideurs ? Combien de nouveautés de l'Esprit sont suspectées simplement parce qu'elles dérangent nos habitudes ? Mieux,
combien de prophètes sont ignorés parce qu'ils ne viennent pas des lieux habituels du pouvoir ? La foule, nous dit l'Évangile, « l'écoutait avec plaisir ». Elle se réjouissait de voir, en Jésus Christ, le Dieu plus grand que les systèmes humains.
Demandons aujourd'hui la grâce d'un cœur suffisamment ecclésial pour aimer l'Eglise, l'institution, et suffisamment spirituel pour accueillir la nouveauté de l'Esprit. Le Christ en effet est à la fois fils et Seigneur de David. Il est à la fois héritier et nouveauté.
Il accomplit l'histoire tout en la dépassant.
Et l'Église est la plus féconde lorsque la sagesse de la hiérarchie et le souffle de la prophétie s'embrassent dans une même obéissance à l'Esprit Saint, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
PRIONS
Seigneur Jésus,
Toi qui es à la fois l'accomplissement de la Tradition et la nouveauté de l'Esprit,
Garde ton Église des rigidités qui étouffent la vie,
Et des enthousiasmes qui brisent l'unité. Donne aux pasteurs l'humilité d'accueillir les charismes,
Et aux prophètes l'humilité d'aimer l'Église. Que ta Parole soit toujours la lumière de notre discernement,
Afin que la vérité et la charité marchent ensemble,
Délivre-nous de la tentation
De réduire ton œuvre à nos catégories. Donne à ton Église des institutions fidèles et des prophètes authentiques. Apprends-nous à discerner tes charismes sans mépriser l'autorité,
Et à exercer l'autorité sans éteindre l'Esprit. Que nous sachions toujours reconnaître ta présence
Là où tu choisis de te manifester.
Toi qui vis et règnes avec le Père,
Dans l'unité du Saint Esprit,
Pour les siècles sans fin.
Amen.
Communauté
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