Faire rayonner l'image de Dieu qui est en nous pour transformer le monde
« Ce qui est à César, rendez-le à César, et à Dieu ce qui est à Dieu »
— Mc 12, 13-17
Bien chers frères et sœurs,
Les textes de la Messe de ce jour portent une tension féconde : nous attendons « un ciel nouveau et une terre nouvelle », mais cette attente n’est ni une fuite du monde ni une passivité spirituelle. Elle devient notre manière nouvelle d’habiter la terre, de vivre temps, et d'assumer nos responsabilités. Le ciel nouveau commence déjà là où des hommes et des femmes choisissent la justice,la paix et la vérité.Dieu nous a créés à son image. Faisons rayonner l'image de Dieu qui est en nous pour transformer le monde.
L’Évangile éclaire concrètement comment vivre l'attente du monde nouveau. Jésus ne se laisse pas prendre au piège politique de ses adversaires qui lui demandent: « Faut-il payer l’impôt à César ? » On veut l'opposer à l'empereur. Comme souvent, l’hypocrisie se déguise en recherche de vérité. Mais le Christ remet les choses au point en toute justice : rendre à chacun ce qui lui est dû, à savoir, rendre à César la pièce de monnaie pour payer l'impôt et qui porte son image, et rendre à Dieu chaque personne humaine créée à son image.
« Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Cette réponse de Jésus n’oppose pas Dieu au monde ; elle remet chaque réalité à sa juste place.Là où
nous rendons à Dieu tout notre cœur, une parcelle de cette terre nouvelle commence à naître parmi nous. Nous faisons germer la nouveauté attendue à chaque fois que nous exerçons nos responsabilités civiles, sociales, professionnelles, familiales avec pleine dedication. Le chrétien n’est pas dispensé de ses devoirs envers la société.
Nous dépensons parfois tant d’énergie à vouloir nous conformer à ce que le monde réclame : performance, reconnaissance, normes sociales, intérêts personnels. Mais rendons-nous à Dieu ce qui lui appartient vraiment : notre conscience, notre fidélité, notre liberté intérieure, notre cœur ? Nous ne sommes pas épargnés par le piège des pharisiens : vouloir instrumentaliser Dieu au service de nos intérêts, de nos camps, de nos calculs ou de nos sécurités. Jésus démasque cette hypocrisie et nous l'évite en nous invitant à vivre en vérité notre foi.
Saint Pierre nous place devant une vérité souvent oubliée : l’histoire humaine avance vers un accomplissement. Le monde n’est pas condamné à l’absurde, aux injustices, aux violences ou aux hypocrisies. Avec la collaboration de chacun de nous, Dieu veut conduire l’histoire vers la création nouvelle, « où résidera la justice ». Voilà l’espérance chrétienne : nous n'attendons non pas que le monde soit détruit, mais transfiguré. Et
cette promesse nous évite négligence ou évasion de nos responsabilités.
« En attendant cela, faites tout pour qu’on vous trouve sans tache ni défaut, dans la paix. » Autrement dit, l’avenir promis exige une conversion présente. Celui qui espère vraiment ne vit pas n’importe comment. Le psaume approfondit cette perspective en rappelant la fragilité du temps humain : « Mille ans sont comme hier ». Nos années passent vite ; elles peuvent s’épuiser dans l’agitation, les rivalités ou la recherche des avantages immédiats. Mais cette brièveté n’est pas une condamnation ; elle est un appel à la sagesse.
Notre vie est précieuse.Chaque journée est où doit devenir le lieu où mûrit déjà la terre nouvelle attendue.D’où cette prière si belle: « Rassasie-nous de ton amour au matin. » Car ce qui donne poids et fécondité à notre existence n’est pas sa longueur, mais la qualité d’amour, de justice et de vérité qu’elle porte. Le vrai jugement n’est pas de se demander d’abord: Qu’avons-nous glané ou possédé ? Quel pouvoir avons-nous eu, exercé ? Mais plutôt : avons-nous rendu à Dieu l’image de Dieu déposée en nous, pour sa seule gloire et le salut du monde.
PRIONS
Seigneur notre Dieu,
toi qui es notre refuge d’âge en âge,
nous attendons le ciel nouveau et la terre nouvelle
que tu prépares pour ceux qui t’aiment.
Ne permets pas que nous nous perdions
dans l’illusion, l’hypocrisie ou la peur.
Donne-nous un cœur vrai,
ferme dans la foi et paisible dans l’espérance.
Apprends-nous à accomplir fidèlement
nos responsabilités sur la terre,
mais surtout à te rendre ce qui t’appartient :
notre vie, notre conscience, notre amour et notre liberté.
Que ta patience soit pour nous
un temps de conversion et de croissance.
Fais-nous grandir dans la grâce
et dans la connaissance de Jésus Christ, ton Fils.
Dès aujourd’hui, Seigneur,
nous voulons vivre comme des artisans
du ciel nouveau et de la terre nouvelle,
dans la justice, la paix et la charité
Par Jésus le Christ notre Roi.
Amen.
Communauté
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