Que brille ta lumière sur le monde
« Relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera »
— Ep 5, 8-14
Dimanche dernier, dit Dimanche de Moïse et de la samaritaine, nous avons découvert le Christ, Jésus, comme la Source d'eau vive. Il est celui qui, dans la foi en lui, nous obtient de cette eau qui étanche nos soifs profondes et comble nos désirs les plus élevés. Il vient Lui-même nous rencontrer dans chacun de nos désirs ; il nous fait grandir dans la foi en lui, et il nous fait découvrir que les désirs que nous avons cachent des désirs plus grands, des soifs plus profondes. Ainsi, nos désirs expriment le désir de Dieu. Nos soifs, c'est la soif d'amour.
En ce Dimanche, dit dimanche d'Israël et de l'aveugle-né, c'est encore à travers un chemin de croissance dans la foi en lui, que Jésus purifie nos regards sur la vie. Il nous fait voir la lumière véritable qui éclaire chaque personne qui naît dans le monde ; il nous révèle quelle en est la source, et comment parvenir nous aussi à être, comme il le faut, des points précieux de rayonnement de cette lumière. Par la guérison d'un aveugle de naissance, il nous révèle que la vrai lumière, c'est la gloire de Dieu ; elle brille pour nous par lui et, par nous, sur le monde.
« Aussi longtemps que je suis dans le monde,
je suis la lumière du monde. » Jésus a fait cette déclaration forte, osée, dans le contexte de la fête des Tentes, grande fête à Jérusalem, au cours de laquelle on évoquait régulièrement et avec ferveur la venue du Messie promis et attendu. L'aveugle qu'il a rencontré à la sortie du Temple lui a permis de montrer à tous qu'il est l'envoyé du Père, et qu'il travaille à faire rayonner pour tous, et pas seulement pour les juifs, la lumière de la gloire de Dieu. Il le fait en purifiant nos regards, en nous guérissant des formes variées de la cécité.
Jésus a guéri l'aveugle-né en deux temps : d'abord physiquement, puis spirituellement. La cécité spirituelle est la forme la plus grave. C'est elle qui nous fait voir Dieu, nous-même, et les autres, les choses, les évènements de la vie avec des lunettes encore trop humaines, selon les critères du monde. Cette forme de cécité se guérit par la foi. La foi de notre baptême, la foi en Jésus Christ, est ainsi non seulement un puissant antidote contre notre aveuglement spirituel mais aussi le moyen, l'école précieuse où l'on se laisse initier au regard purifié.
A cette école précieuse de croissance dans la foi, Jésus a progressivement aidé l'aveugle-né à reconnaître qu'il est vraiment le Messie attendu. L'aveugle l'a d'abord décrit comme « L’homme qu’on appelle Jésus. » Il a ensuite témoigné de Jésus en répondant : « C’est un prophète. » Allant plus loin dans le témoignage il le reconnaissait comme venant de Dieu. Il disait : « Si lui n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. » et à Jésus lui-même qui se présentait à lui comme le « Fils de l’homme ? » Il disait sa foi en clamant « Je crois, Seigneur ! »
Les préjugés, les demi-vérités, les masques de vérité et autres formes de notre regard faussé sur les autres révèlent en général la légèreté de notre relation à eux et la superficialité de notre regard sur eux. Ce regard ne peut avoir la force transformatrice que l'amour et la compassion exercent sur les autres. Jésus avait posé sur l'aveugle-né un regard profond, qui n'avait rien à voir avec le regard indifférent, s'il n'était pas méprisant, de ses propres disciples sur ce frère handicapé.
On n'a pas besoin de rechercher les causes de la fragilité du lien social, de nos liens filiaux et communautaires, en dehors de ce regard superficiel posé les uns sur les autres. Prendre la mesure du drame causé par la superficialité de ces regards posés sur les autres est une urgence. Plus urgente encore est l'impérieuse nécessité de réaliser à quel point les normes et standards qui régissent habituellement nos relations, même en religion, tuent la fraternité à pas lent et sournois, pour faire vivre l'intérêt égoïste. La cécité commune aussi a besoin de guérison.
« Dieu ne regarde pas comme les hommes: les hommes regardent l’apparence, mais le Seigneur regarde le cœur. » C'est la leçon que même le prophète Samuel a dû apprendre. Il avait été envoyé choisir le nouveau roi d'Israël parmi les enfants de Jesse, père de David. A la place de l'imposant Eliab, l'aîné des fils, c'est David, le tout dernier, qui a été choisi par le Seigneur. Le prophète Samuel, lui aussi, avait besoin de changer de regard. Son expérience aussi nous fait comprendre que c'est ce qui est faible que Dieu choisit pour confondre les forts
Le regard purifié par la foi en Jésus Christ fait passer des ténèbres à la lumière. Saint Paul le fait savoir aux Ephesiens. Il leur dit: « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. » A nous aussi il indique ce qui est attendu des fils de lumière. Il dit : « la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité. » puissions-nous porter ces fruits de lumière partout et dans toutes les situations que nous rencontrons, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
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