Boire à la Source pour faire jaillir la source en nous
« Donne-nous de l’eau à boire »
— Ex 17, 3-7
Bien chers frères et sœurs,
Nous avons soif. Et ce dont nous avons soif est en nous, au plus profond de nous. Il faut y aller pour se désaltérer. Ce voyage au plus profond de nous-mêmes est non seulement le plus important, mais le plus décisif pour notre bonheur. Ce pèlerinage est ce que le temps précieux du carême nous initie à faire, en nous le faisant faire. Le moyen privilégié et assuré pour ce faire ce voyage est la foi en Jésus Christ,Source éternelle d'eau vive. Il faut boire à la Source pour laisser jaillir notre source en nous.
Dimanche dernier, dimanche dit d'Abraham et de la Transfiguration, Jésus nous a été révélé comme l'horizon, le terme de notre pèlerinage, et le compagnon sûr à écouter pour ne pas se perdre. En ce Dimanche dit de Moïse et de la Femme Samaritaine, il se révèle comme la Source véritable d'eau vive qui étanche toute soif.Il dit à la femme Samaritaine qu'il rencontre près d'un puits : « celui qui boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif ; et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle »
La rencontre de Jésus avec la femme près du puits éclaire de façon merveilleuse la pédagogie divine qu'il déploie pour nous faire faire le voyage intérieur pour étancher toutes nos soifs. Le puits où la femme va puiser de l'eau rappelle les cadres les plus habituels de nos activités ordinaires. L'eau matérielle recherchée pour étancher notre soif physique rappelle surtout l'eau vive qui comble notre soif spirituelle.Jésus,lui vient à nous comme celui qui a soif, pour nous faire découvrir nos vraies soifs qu'il veut étancher.
Notre pèlerinage intérieur à la recherche de la Source d'eau vive a bien des barrières à franchir ou à briser. Ces barrières sont ces choses qui nous empêchent d'entrer dans une relation vraie, libre et spirituellement féconde avec le Christ : les pesanteurs de nos cultures mal comprises; une religiosité encore trop superficielle, stéréotypée, faite de pratiques souvent bonnes, légitimes et sincères mais dans un esprit de peur de la punition ou de la malédiction de Dieu, ou dans la recherche du merveilleux, et des résultats immédiats.
Les obstacles et barrières à franchir ou à briser pour entrer au plus profond de nous à la recherche du Christ peuvent être aussi politiques, lorsque les lois et pratiques font limiter ou décourager la libre pratique de la foi. Jésus a brisé bien de barrières en rencontrant la Samaritaine, une femme, en public, d'un groupe considéré hérétique, et qui a une vie morale condamnable puisque vivant avec un mari qui n'est pas le sien ; à la femme il a indiqué le lieu de culte des vrais adorateurs: en esprit et en vérité. Il a fait de la femme une Missionnaire.
Jésus vient renverser toutes les barrières qui séparent les hommes : race, religion, sexe, péché, culture, pour offrir à chacun l’eau vive de la Miséricorde et de la vie nouvelle. En pratique, il nous invite aussi à dépasser nos propres barrières : préjugés, exclusions, jugements rapides… afin d’aller vers tous avec l’esprit de la miséricorde du Christ. Jésus montre que la grâce de Dieu est offerte à tous. Il manifeste la dignité spirituelle de la femme, capable elle aussi de recevoir la révélation. Il montre qu'un coeur converti peut apporter à tous l'eau vive du salut.
Comme Dieu a fait couler l'eau du rocher pour abreuver son peuple au désert, ainsi aucune situation ne peut être désespérée pour que nos cœurs soient aussi ces lieux desquels peuvent couler l'eau vive. La foi suscitée par la rencontre avec le Christ fait surgir et couler en nous cette eau vive. St Paul nous rappelle que « l’espérance ne déçoit pas, puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné. »
Notre initiation chrétienne doit retrouver tout son sens. L'eau du baptême dans laquelle nous avons été plongés est le ferment de toute vraie révolution., Les chrétiens ont le devoir sacré et la responsabilité rendre possible, pour chaque société, la révolution permanente de l'amour. Et l'amour, c'est ce feu brûlant que par l'Esprit, le Seigneur veut répandre dans nos coeurs pour embraser le monde. Notre initiation chrétienne doit susciter un véritable désir de laisser l'eau du baptême nous purifier de tout obstacle à la l'accueil de la vie véritable, faire fleurir nos déserts, pour la gloire de Dieu et le salut du monde.
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