Rendre leur valeur surnaturelle à nos richesses matérielles
« La bande des vautrés n’existera plus »
— Am 6, 1a.4-7
Dimanche dernier, nous avons été invités à faire un bon usage des richesses. Nous avons compris que par elles, nous pouvons faire une expérience de Dieu et être conduits à Lui. Nous sommes invités, aujourd'hui, à faire usage de nos richesses pour briser notre indifférence face à la misère des pauvres ; pour combler le fossé que le manque d'humanité, les injustices, l'impiété, creusent entre nous, et entre Dieu et nous. Nous devons « Mener le bon combat, celui de la foi.» La foi nous y aide: elle nous fait rendre leur valeur surnaturelle à nos richesses matérielles.
L'auteur de la Lettre aux Hébreux nous dit que « la foi rend présentes les choses qu'on espère, et elle est une démonstration de celles qu'on ne voit point. » ( He. 11, 1). Par la foi, notre soif de bonheur, notre désir de biens supérieurs, connaissent déjà une satisfaction dans cette vie, et seront comblés dans l'éternité. La foi nous obtient tout. Elle nous obtient la grâce nécessaire pour rendre effectif le plan d'amour de Dieu pour nous au coeur du monde, et pour repousser les frontières du mal, en luttant contre les perversions dues au péché.
Par la parabole « du riche et de Lazare », Jésus nous met en garde contre l'indifférence face à la souffrance des autres. L'indifférence nous enferme dans les prisons de l'égoïsme, de la suffisance. Elle nous rend aveugles face à la misère autour de nous ; elle nous rend sourds aux appels de l'amour, de la compassion de la justice. Les biens par lesquels nous répondons aux appels de la communion avec les pauvres perdent leur sens. Dans l'indifférence, nous regardons les chiens de notre animalité lècher les plaies purulentes des misères qui nient aux autres leur dignité.
Jésus nous invite à lutter pour rendre à chacun sa dignité. Il ne condamne pas la richesse ; il n'exalte pas non plus la misère humaine. Il nous prescrit d'accueillir la Parole de Dieu qui nous révèle le vrai sens de nos richesses et possessions, en ouvrant les portes de notre coeur à Dieu et aux autres. Elle nous évite, dès ici-bas, les consolations trompeuses, qui nous ferment les portes de l'éternité. Le riche était resté sourd aux appels de Lazare couché à sa porte. Désormais, c'est lui qui gît aux portes de l'éternité, qu'il ne peut franchir, à cause de son indifférence.
« Un grand abîme a été établi entre vous et nous », répondait Abraham au riche qui criait sa souffrance. La richesse et les autres dons de Dieu, s'ils sont mal utilisés, nous volent notre identité et notre éternité. Nous sommes faits pour le bien, et pour l'éternité. À chacun les faveurs de l'Esprit sont données pour cela. Les reconnaître et les assumer pour ce qu'ils sont, voilà le combat digne d'être mené. Saint Paul le décrit, il dit : « recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la persévérance et la douceur. Mène le bon combat, celui de la foi, empare-toi de la vie éternelle ! »
Le bon combat, celui de la foi, qui nous évite les travers que dénonce le prophète Amos, est une urgence. Il nous met en garde contre l'exploitation éhontée des faibles dont se rendent souvent coupables les riches sans vergogne. En une période de précarité et menaces pour le pays, Amos dénonce les fausses sécurités et jouissances qui bercent la vie tranquille des riches de Jérusalem, qui laissent les pauvres du pays à leur triste sort. Pour ces riches il annonce la déportation.: « La bande des vautrés n’existera plus. »
La misère en nous comme aussi autour de nous, n'est pas une fatalité. Nous ne devons ni nous sentir impuissants, ni rester indifférents face à cette négation de la dignité et de la fraternité humaines. Plus que tous les atouts à notre disposition, nous avons la Parole de Dieu, arme décisive contre les prisons de l'égoïsme et de l'indifférence. Ecoutons-la, observons- la, et notre combat de la foi portera de vrais fruits de justice et de fraternité, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
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