Dénoncer l'équilibre de la terreur maîtrisée par la terreur
« Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays »
— Jr 38, 4-6.8-10
Dimanche dernier, Jésus nous invitait à nous tenir prêts, dans l'attente de son retour. Nous étions ainsi appelés à garder ferme la foi en lui, qui nous connecte à l'amour et ouvre à tous les portes de l'espérance. Alors on évite de céder à l'indifférence face au mal ; à la compromission qui légitime l'injustice ; à la démission face à la paix de façade. La grande aventure à laquelle le Christ nous convie est celle de l'amour qui relit le passé, interroge le présent, réinvente l'avenir. Par amour pour la paix véritable, dénonçons l'équilibre de la terreur que maitrise la terreur.
La paix acquise parce que les deux adversaires ont chacun des armes que l'autre redoute n'est pas la vraie paix. Contre ce type de paix Jésus s'insurge; lui, le Prince de la paix surprend : « Je ne suis pas venu mettre la paix sur terre, mais bien plutôt la division. » La paix qu'il apporte rayonne dans les coeurs qui se convertissent à son message et choisissent de croire en lui.Les uns y croient, d'autres, pas. La Parole du Christ invite à la conversion et suscite des adhésions,
des oppositions ou des divisions, même parmi des membres d'une même famille.
La vraie paix unit les coeurs par l'amour. C'est une conquête de la vérité. Elle est autre chose que ce semblant de paix qui règne quand on se tient en respect par la force contre la force, par la stratégie contre la stratégie, par le chantage contre le chantage, par la terreur pour contrer la terreur. Cette paix artificielle créé l'illusion de la sécurité. La vraie paix met toujours en péril les artisans de paix. Tous les prophètes en ont fait l'expérience. Jérémie, est le prophète dont les souffrances endurées au nom de la vérité ont le mieux annoncé le Christ et sa passion.
Face à l'adversité le prophète Jérémie disait : « Ma mère, tu m’as enfanté homme de querelle pour tout le pays. » Ses ennemis, opposants à son ministère, l'ont fait jeter dans la boue d'un puits. Mais il en a été libéré par l'intervention salutaire d'un serviteur du roi. Comme Jérémie Jésus a vécu sa passion : « Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice », nous dit la Lettre aux Hébreux. Elle nous encourage à faire ce combat comme tant de témoins avant nous: « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus. »
La réponse au mal, à l'injustice, au mépris et à tous les autres travers que l'on peut subir n'est pas de prendre les armes et les méthodes des agresseurs. Jésus nous prescrit le feu de son amour à faire rayonner : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé ! » dit-il. Prêcher l'amour et la justice, éduquer les gens à leurs droits pour se déterminer par eux-mêmes, privilégier la paix même face au mépris et à l'arrogance des bien pensants est déjà la victoire la plus précieuse à revendiquer dans une histoire de libération.
Chaque pouvoir secrète son opposition. C'est vrai des pouvoirs humainement définis ; c'est encore plus vrai du pouvoir de l'amour, éclairé par la vérité. Et cette vérité dérange. Se rendre complice du mal et de l'injustice accablant tout un peuple c'est s'exposer au dur jugement de l' histoire. Il faut se tenir prêts à supporter avec courage l'opposition du monde quand on opte pour la voie salutaire de la paix par la justice et la vérité. C'est la vérité qui façonne les héros de l'histoire d'un peuple, divisant pour unir dans l' amour, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
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