Contempler l'amour qui donne, se donne, pardonne et faire vivre l'espérance
« Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés »
— Lc 9, 11b-17
Dimanche dernier, nous avons célébré le mystère de la Sainte Trinité comme don parfait de l'amour accompli et école parfaite de cet amour qui est communion. En la fête du Saint Sacrement, aujourd'hui, nous célébrons le signe de cet amour. Les processions, ou l'adoration du Saint Sacrement, témoignent de cet amour donné, par l'exaltation publique de son Signe. Le signe de l'amour que nous exaltons ainsi nous engage à vivre et à faire connaître l'amour véritable. Contemplons cet amour qui donne, se donne pardonne, et fait vivre l'espérance.
En la fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, ou fête du « Corpus Christi », nous célébrons l'amour autour du grand Signe du don de soi toujours fécond. À ce don de soi toujours fécond Jésus préparait ses disciples ; il le fait encore pour nous aussi aujourd'hui. La tentation est grande, devant les appels forts de l'amour, simplement quelque chose de ce que nous possédons, et souvent même, de trouver des prétextes très rassurant pour nous excuser, ou pour fuir nos responsabilités. Au-delà de donner, l'amour nous disposé à nous donner.
Par une certaine prudence les disciples avaient voulu éviter à la foule l'épreuve de la faim. ils ont pensé a renvoyer la foule pour que chacun se débrouille par lui-même. Mais Jésus leur répondait : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il les invite à ce don total de ce qu'ils sont et, de ce qu'ils ont. Plus qu'à des choses extérieures à partager, c'est à une attitude intérieure de communion, par amour, que Jésus nous invite. C'est cette attitude intérieure, spirituelle, qui est source et gage de fécondité.
La procession du Saint Sacrement que nous faisons après la Messe a été instituée pour rendre publiquement ce témoignage au Christ comme Grand prêtre et Roi de la paix par qui le monde est nourri et rassemblé en une famille, la famille des enfants de Dieu que le péché disperse. Que notre célébration et nos processions avec le Saint sacrement nous rappellent sans cesse cette responsabilité divine de rassembler les peuples avec le Christ et de les conduire à se laisser nourrir par lui,
L'attitude intérieure, spirituelle, de communion par amour, dans le don total de soi, est celle que Jésus lui-même a vécue, et qu'il nous invite à imiter. Il l'a manifestée de façon sublime au soir de la Sainte Cène, où il donnait son Corps comme nourriture et son sang comme boisson pour la vie du monde. Il instituant alors l'Eucharistie. Ce sacrifice par le don de soi, Jésus l'a réalisé à la croix. La scène de la multiplication des pains dont nous parlent les Évangiles annonce déjà ce repas eucharistique.
Saint Paul nous donne un récit, la plus ancienne attestation, de cette institution de l'Eucharistie par Jésus, tel qu'il l'a reçu. Il dit : « la nuit où il était livré, le Seigneur Jésus prit du pain, puis, ayant rendu grâce, il le rompit, et dit :
« Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi. » Après le repas, il fit de même avec la coupe, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang. Chaque fois que vous en boirez, faites cela en mémoire de moi. » C'est ce que nous faisons à Chaque Messe.
Plus loin encore, avant Jésus et les Évangiles, et avant Saint Paul, le Livre de la Genese, dans l'Ancien Testament, annonçait déjà aussi ce mystère de l'Eucharistie. C'est ce que laisse découvrir l'offrande du pain et du vin que Melchisedek a faite à Abraham. Elle annonçait aussi le sacerdoce du Christ, Grand Prêtre. « Melkisédek, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il bénit Abram », dit l'auteur sacré.
La fête du Saint Sacrement est donc très importante. En faisant les processions, ou les adorations de ce grand et précieux Sacrement, nous ne pouvons pas nous limiter à de simples rituels exécutés par devoir religieux. Nous témoignons d'abord, que notre regard purifié par la foi voit dans ce signe que Jésus est réellement présent parmi nous. Ensuite, qu'il n'y est pas seulement présent, mais nous fait prendre un engagement solennel de permettre à tous, comme lui, l'accès à la vie en plénitude qu'il est venu nous donner.
Devant les grandes faims et soifs de notre monde, de la société où nous vivons : soif d'amour et de vérité, faim de sécurité, de justice et de paix, faim de communion et de fraternité, Jésus nous dit aussi aujourd'hui : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Il nous guérit de notre sentiment d'incapacité, de nos peurs d'oser, de notre timidité, de nos indifférences et de nos démissions faciles en face des défis de notre temps. En cette fête du Saint sacrement, nous lui demandons de purifier nos regards pour comprendre et contempler ce signe merveilleux de son amour donné.
En célébrant cette fête du Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, nous prenons ensuite un engagement renouvelé d'être nous aussi ces signes de l'amour offert dans le don de nous-mêmes. Chaque petit pas en ce sens nous fait alors réaliser combien en donnant le meilleur de nous-mêmes, dans la foi en Jésus Christ, la vie pleine, abondante qu'il nous a obtenue nous inonde et coule pour tous, partout et toujours, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
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