Serviteur de la vérité, royal dans l'adversité, pour faire vivre l'espérance
« C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé »
— Is 52, 13 – 53, 12
La vérité n'est pas une formule, mais une personne ; elle n'est pas une définition, mais un visage. La vérité, Jésus en est le témoin fidèle et le serviteur accompli. La vérité, révélée par Jésus, on désire la connaître mais sans être vraiment disposé à l'accueillir ; on en parle mais sans vraiment se convaincre de le suivre. On s'offusque de grossiers mensonges portés contre nous, par des personnes à la crédibilité apparemment difficile à remettre en cause, et on oublie que le Christ en a subi bien pire, de la part de responsables religieux de son temps. Sa passion et sa mort ont été pourtant le chemin pavé de son couronnement en gloire et en honneur. A la suite du Christ, à chacun d'ambitionner d'être serviteur de la vérité, royal dans l'adversité, pour faire vivre l'espérance.
La vérité révélée par Jésus est vérité de L'amour, de cet amour qui donne, se donne et pardonne, jusqu'au bout. Elle répugne à nos catégories humaines de la vérité ; elle contredit leurs canons de la vérité. Les canons humains de la vérité consacrent souvent la raison du plus fort ; ils font souvent peu de place aux souffrances de la croix, endurées par amour. Serviteur de la vérité, Jésus s'est montré royal dans l'adversité.
Pilate avait demandé à Jésus : « Qu’est-ce que la vérité ? » Mais il ne lui a pas laissé le temps de répondre. Il semble avoir choisi le chemin facile le portant à éviter d'avoir à assumer cette vérité. Jésus l'a servie comme Roi, comme aucun roi ne peut le faire. A Pilate qui lui demandait « Alors, tu es roi ? » Jésus répondait : « C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. »
Le quatrième chant du Serviteur du Seigneur que nous lisons le Vendredi Saint nous aide à voir en Jésus, dans ses souffrances, les traits accomplis du Serviteur souffrant de la prophétie d'Isaïe. Il est ce serviteur qui révèle la vérité de l'amour de Dieu en prenant sur lui les péchés de l'humanité, en acceptant les souffrances que cela suppose, pour l'arracher au pouvoir du mal. « Nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. C’est à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Par ses blessures, nous sommes guéris », dit la prophétie. Pour celui qui accepte de suivre le Christ dans ce service de la vérité de l'amour, tout devient clair : la mort devient passage pour la vie ; chaque crise assumée est lieu de déploiement de la grâce; accepter la croix est la condition de notre glorification, et intronisation royale au nom et à la suite de Celui qui règne par la croix.
L'auteur de la Lettre aux Hébreux montre comment Jésus accomplit à la perfection les traits du Serviteur souffrant de l'Ancien Testament en soulignant son attitude d'obéissance au coeur de l'épreuve. « Il apprit l’obéissance et il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel. » Jésus répond ainsi à l'appel de Dieu qui attend un acte d'amour total. C'est cette réponse d'amour qui fait rayonner la vérité ; elle manifeste le monde de la grâce auquel nous sommes promis et nous ouvre au salut qui nous est proposé.
La vérité que nous sommes appelés à servir, à l'école de Jésus, le Serviteur souffrant et triomphant, nous fait aller à l'exaltation par l'humiliation, à la gloire par la croix, à la vie par la mort au péché. Cette vérité fait ainsi de nous des témoins fidèles pour faire de nous des serviteurs régnant. Notre temps a le plus grand besoin de ces serviteurs : des serviteurs rassurés par celui en qui ils ont mis leur confiance, qui imitent son courage face à la brutalité éhontée du mensonge d'où qu'il vienne. Notre société, comme aussi l'Eglise, ont besoin de serviteurs convaincus qu'il est grand, le prix à payer face à la haine gratuite, à la jalousie aveugle, à la petitesse de ceux qui imaginent pourvoir rayonner en détruisant la renommée des autres, pour la seule gloire de Dieu et le salut du monde.
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